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Conseils pour bien chanter

Dernier chant de métier, le chant militaire est un patrimoine immatériel indispensable mais fragile car sa pratique relève des traditions (pas de formation ni de musicien pour conduire le chant). Les parachutistes disposent d’un répertoire abondant et nécessaire à leur efficacité opérationnelle. Dans l’armée française, le chant relève des usages, mais certaines pratiques en affectent l’expression — fins de phrases inaudibles (hachées, tronquées, avalées), ralentissement exagéré, ton trop bas, etc.

Ces conseils, rédigés par un musicien, sont aussi le résultat d’échanges avec les plus sérieux connaisseurs des répertoires parachutistes et militaires. Puisant aux meilleures sources, ils veulent fournir les outils pour redonner le goût de la pratique du beau chant militaire, car c’est la qualité de l’interprétation qui donne plaisir à bien chanter.

Ces conseils pourront paraître contraignants mais ils ont été expérimentés et avec un peu de pratique ils s’avèrent utiles et efficaces.
 

1. Le ton.

On se reportera donc à l’écoute de la mélodie en ligne pour avoir le ton juste qui est celui de la partition du Grand Recueil. Il faut veiller à ne pas partir trop aigu (ce qui arrive dans un contexte bruyant, car en voulant donner de la voix on monte inconsciemment dans l’aigu) pour éviter d’être obligé de forcer les voix sur la fin de certains chants (Véronica). Ni partir trop grave et manquer de puissance. Il faut se souvenir que lorsque l’on chante a cappella (sans accompagnement), la tendance pour un chœur est de baisser. “L’homme-ton” pourra télécharger et installer sur son mobile le fichier-son du chant à interpréter. La note de départ n’est pas indiquée dans ce carnet qui ne s’adresse pas à des musiciens.
 

2. Marquer le départ.

Contrairement à l’idée largement répandue, seule une minorité de chants part du pied gauche, même si le pas cadencé part toujours sur le pied gauche. Pour chaque chant cette indication est donnée. Par convention, on comptera “1.2.3.4” pour commencer un chant sur le pied gauche et “1.2.3” pour commencer sur le pied droit (les chiffres impairs correspondent au pied gauche, les pairs au droit). Les usages ne se pliant pas aux règles, certains chants commencent un tout petit peu avant le pied gauche ou le pied droit (généralement une croche ou une double croche avant). Dans ce cas on visera quand même le pied gauche ou le pied droit (après “1.2.3.4” ou “1.2.3”), en accentuant fortement et brièvement le dernier chiffre du commandement de départ. On portera l’attention à caler l’autre pied sur la syllabe suivante.
 

3. Respecter les temps forts.

On ne peut pas changer les temps forts (syllabes toniques) d’un texte qui doivent absolument correspondre aux temps forts de la mélodie. Les temps forts sont imprimés en gras dans le texte (ils sont marqués par la grosse caisse dans les fichiers-sons) et doivent correspondre au poser du pied gauche lorsque l'on marche au pas cadencé au risque d’être à contre-pas et d’affecter la qualité d’exécution du chant.
 

4. Respecter les temps muets.

Le respect des temps muets en fin de phrase est essentiel car il permet de garder les syllabes toniques calées sur les temps forts musicaux. Ainsi, dans la phase d’apprentissage, il ne faut pas hésiter à marquer ces temps muets afin de créer des automatismes. Ils sont spécifiés dans le carnet. Respecter l’ordre des chiffres (ne pas dire “1.2”, lorsqu’il est écrit “2.1”). Les chiffres impairs correspondent toujours au pied gauche, les pairs au droit. Suivant les interprétations, certaines syllabes finales peuvent être tenues sur deux, voire trois et parfois même quatre temps. Dans ce carnet, elles sont toutes comptées pour un temps (donc un pas), sauf cas établi par l’usage. Les temps muets sont indiqués en conséquence dans les paroles par des chiffres et par la caisse claire dans les fichiers-sons.
 

5. Les syllabes muettes

Parfois elles se prononcent et d’autres fois non (le « se » de « passe » ou le « ces » de « rapaces »). Comme nous n'avons pas voulu alourdir le graphisme par un codage spécifique, vous trouverez le cadencement exact dans le fichier-son ou sur la partition du Grand Recueil.
 

6. La cadence.

Elle n’est pas précisée dans le carnet. Les mélodies en ligne donnent la cadence d’exécution des chants telle qu’elle est mentionnée sur les partitions du Grand Recueil. La tendance actuelle est à un ralentissement exagéré qui ne correspond plus au “pas commando” qu’avaient adopté les parachutistes et semblait un bon compromis entre le pas réglementaire (116 pas par minute) et le pas légionnaire (88 pas/mn) définis par le TTA 104.
 

7. Ne pas avaler les finales.

L’interprétation d’un chant permet d’écourter ou d’accentuer les finales, en aucun cas de les supprimer. Cette dérive inesthétique est une faute de style et de goût qui rend les paroles incompréhensibles pour ceux qui écoutent. Or le chant est aussi porteur d'un message que l'on pait passer aux auditeurs.
 

8. L’accent tonique.

L’accent tonique est l’âme du mot, c’est autour de lui que s’organise le flux oratoire. Il se traduit par une légère impulsion verbale de la syllabe accentuée.

Ses qualités

• d’ordre mélodique : élévation de la syllabe accentuée.

• d’ordre quantitatif : syllabe brève.

• d’ordre intensif : légère intensité sans lourdeur.
 

9. Intensité et puissance.

Chanter n’est pas crier. Il est par ailleurs extrêmement difficile de chanter fort, juste et timbré. Pour travailler la justesse, il faut chanter au contraire très doucement et n’augmenter l’intensité qu’une fois l’intonation correcte acquise, sans pour autant dépasser un certain seuil (c’est à dire rester en-deçà du maximum que l’on peut produire). Curieusement, le résultat collectif sera plus puissant car mieux timbré.
 

10. Respiration et posture.

La respiration doit être abdominale. C’est la respiration naturelle de l’homme, celle qu’utilisent tous les instrumentistes à vent. L’expression “bomber le torse” est dans le cas du chanteur inadéquate et contre-productive, même si l’on peut compléter ainsi sa prise d’air. Les épaules doivent rester basses.

Il préférable de chanter debout, en équilibre sur les deux jambes (surtout pas de déhanché) pour un bon travail des poumons. La tête bien dans le prolongement de la colonne vertébrale, le menton plutôt rentré pour favoriser les sons graves.

Chanter au garde-à-vous nécessite cependant une certaine souplesse intérieure du corps, même si l’apparence extérieure doit rester parfaite. Tout raidissement musculaire est contraire à toutes les lois de l’Art du chant. L’articulation des genoux notamment ne doit pas être verrouillée.
 

11. Articuler.

Se méfier des “i”, “é”, “è”, “ê”, “el”, “ai”, “oin”, “ein”, “ain” français où les lèvres sont tirées en arrière, comme pour un rictus. Cela tue considérablement le son. Il faut projeter les lèvres vers l’avant.

Respecter les liaisons entre les mots qu’impose la langue française conformément à l’usage académique, par exemple dans : "Prêts à partir". Elles sont indispensables à l’équilibre de la phrase et participent de la beauté et de l’élégance de notre langue.
 

12. Tempo.

Il n’est pas indiqué dans le carnet. Les mélodies en ligne donnent la bonne vitesse d’exécution des chants telle qu’elle est mentionnée sur les partitions du Grand Recueil. La tendance actuelle est au ralentissement qui ne correspond pas à l’allant des parachutistes plus adaptés au tempo réglementaire de 120 pas à la minute.
 

13. Timbrer la voix.

Sans y prêter attention, on chante le plus souvent avec une “voix parlée”, la voix de tous les jours, la “voix conversationnelle”. Cela “aplatit” tous les chants. Et même si l’intonation est juste, ça ne sonnera pas, comme des instruments sans caisse de résonance. Au lieu de cela, il faut utiliser une “voix chantée”. On utilise l’expression de “voix bâillée”, car lorsque l’on amorce un bâillement, il se crée un espace de résonance naturel. Attention cependant, une voix trop lyrique (voix d’opéra) serait un contresens stylistique et une faute de goût dans le cas des chants parachutistes.
 

14. Etre dans le “fond du temps”.

C’est la quête perpétuelle de tous les musiciens. La tendance naturelle est d’attaquer une note trop tôt, surtout en statique (on parle ici de fraction de seconde). Cela crée une instabilité permanente et une accélération continue du chant. Marquer le pas aide à tenir la cadence, on peut s’aider d’une percussion ou d’un métronome électronique (application sur portable).

 

 

Programme pour apprendre un chant à sa section en 4 leçons.

 

1re séance : Découverte du chant et des outils.

a. Présentation du chant (justification de la sélection, histoire, …). Ne pas entrer dans les critères : marche, popote ou bivouac, car l'objectif est d'apprendre un chant de marche.

b. Présentation de la méthode. Paroles augmentées (temps forts, temps muets, pied de départ). 

Présentation du fichier-son et démonstration par l'instructeur.

Dégrossissage sur quelques vers ou plus suivant la réactivité de la classe.

Les élèves partent avec le fichier-son et les paroles pour se familiariser individuellement avec les outils.
 

2e séance : Apprentissage.

a. Apprendre le 1er couplet. Faire répéter toute la classe à l'imitation, vers par vers. Au besoin utiliser un tableau.

b. Apprendre le refrain suivant la même méthode.

c. Chanter l'ensemble (1er couplet et refrain) sous la direction de l'instructeur et recommencer en marquant le pas.
 

3e séance. Le départ du chant.

a. Révision des précédentes séances.

b. Chanter tout le chant sous la direction de l'instructeur puis en marquant le pas.

c. Désignation de l'homme-ton et test. Rappeler de bien marquer les temps avant de commencer.

Ordre à donner : 1. Le ton pour le chant (titre). 2. L'homme-ton chante le 1er vers. 3. tout le groupe dit haut et fort 1.2.3. ou 1.2.3.4. et attaque le chant.

d. Répéter l'attaque du chant plusieurs fois jusqu'à obtenir l'automatisme.
 

4e séance. Exécution au pas cadencé.

a. Révision de la précédente séance. L'homme-ton a-t-il installé le fichier-son sur son smartphone ? (vérification).

b. Exécution du chant en salle, puis dans la cour en marquant le pas, ensuite en marchant au pas cadencé.

 

 

On pourra aussi utiliser les conseils publiés par le capitaine Selosse en 1970   
Conseils selosse à téléchargerConseils Selosse à télécharger (148.47 Ko)